The Master

Posté dans Critiques par - 12 janvier 2013
The Master

Freddie Quill, vétéran du Pacifique alcoolique et violent, peine à se reconvertir après la guerre. Incapable de garder un travail, il vagabonde au gré des opportunités. Quand une nuit, ivre, il embarque par mégarde sur un bateau en partance pour New-York, il est loin de se douter qu’il va y rencontrer Lancaster Dodd, meneur du mouvement la Cause, et que cette rencontre va bouleverser la vie des deux hommes. Ce dernier prend alors Freddie sous son aile, lequel va se retrouver propulsé au centre de ce groupe mystérieux entre secte, philosophie et médecine.

Master of Puppets

Charismatiques. Le mot est à vrai dire un euphémisme pour décrire les deux rôles principaux de ce film. Il y a d’un côté Joaquin Phoenix (Freddie), captivant dès les premiers instants. La démarche branlante en pantalon taille-haute, les traits déformés par l’alcool, il évoque souvent un automate ou un pantin aux mouvements crispés et saccadés.

Son visage invariablement agressif trouve son exacte opposée en Philip Seymour Hoffmann (Lancaster) ; là ou l’un paraît taillé dans le bois brut, l’autre a un visage rond et protéiforme, capable de changer d’expression en un clin d’œil. Tantôt doux, rieur ou colérique, Hoffmann incarne magistralement un personnage théâtral qui se met sans cesse en scène.

Paul Thomas Anderson admet avoir écrit le rôle de Lancaster pour Hoffman, et avoir pressenti Phoenix pour Freddie ; à l’écran, l’alchimie est parfaite. On assiste à un jeu de miroir saisissant : l’un prisonnier, l’autre maître de son visage.

Aux côtés de Lancaster on trouve Amy Adams, épouse hypnotique et troublante du leader, elle aussi récompensée pour sa performance. Autour de ce trio s’affaire la famille du Maître, ses disciples, ses amis, ses détracteurs. La force du récit tient aussi au fait que chaque second rôle soit écrit et interprété avec brio, occupant une place propre au sein de l’édifice qu’est la Cause, aussi branlant soit-il.

The Master - Philip Seymour Hoffman

Human After All

En s’immisçant dans le chaos créatif qui entoure l’essor du mouvement de la Cause, la mise en scène est parfois déroutante, mais maîtrisée toujours. Agrémentée de quelques flash-backs et hallucinations énigmatiques, certains pourront adresser ce choix comme un reproche. Paul Thomas Anderson ne cède néanmoins jamais à la facilité de la multiplication de symboles ou du montage frénétique caractéristiques de certains psycho-thrillers.

Le soin apporté à la photographie et au cadrage fait de chaque plan un tableau aux couleurs subtiles. L’utilisation d’un format 70mm contribue aussi à donner à l’image un cachet particulier qui convient très bien à l’époque. A l’image de Lancaster Dodd, véritable colosse aux pieds d’argiles nourrissant sa Cause d’une intime passion sans crainte de se contredire, le rythme de The Master ne se laisse dicter aucune conduite.

The Sound of Silence

Une attention particulière est à porter à la bande-son de The Master, composée par Jonny Greenwood, membre de Radiohead (qui avait déjà composé la BO de There Will Be Blood). Discrète mais omniprésente, sans jamais chercher à dramatiser les situations, elle colle à l’action comme une seconde peau. De la musique de salon à l’orchestral, elle évolue sur la longueur et semble parfois ne jamais s’arrêter, se faisant discrète comme un pizzicato avant de ressurgir.

Tout comme la mise en scène, elle contribue au rythme si particulier de ce film, dans lequel on se laisse entrainer comme dans une danse dont on ne connait pas les pas. Si, au delà des théories mystiques de Lancaster Dodd, il y avait une vérité à découvrir dans The Master, elle reposerait dans le silence, le non-dit.

Verdict?

Poignant, parfois troublant mais avant tout humain, The Master est une œuvre complète, et que l’on apprécie ou pas, force sera de constater que Paul Thomas Anderson et son équipe se posent indéniablement en maîtres de leur film. Pour ma part, je check donc sans hésiter.

Article rédigé par
Censeur sentencieux

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