Stoker

Posté dans Critiques par - 26 avril 2013
Stoker

Suite au décès de son père dans un étrange accident, la jeune adolescente India Stoker assiste avec sa mère Evelyn au retour inattendu de son oncle Charlie, dont la présence et le passé semblent entourés de mystère. Quand ce dernier vient habiter chez elles, un étrange jeu de méfiance et de séduction se met en place.

Tout un parcours

De Park Chan-Wook, on connait surtout le second volet de son informelle trilogie sur le thème de la vengeance, le violent et fascinant Old Boy (Grand prix du Jury de Cannes). Après une incursion dans le fantastique avec Thirst, un film de vampires inspiré d’un roman d’Émile Zola, le réalisateur signe ici son premier film « américain » et opte pour un casting alléchant et hollywoodien.

Mise à nu

Dans ce thriller se déroulant quasiment en huis-clos, l’intrigue se focalise sur les relations du triangle familial ou amoureux que forment India, Evelyn et Charlie. Les personnages et leurs émotions sont donc au centre de la caméra, ce qui nous permet de pleinement apprécier la qualité du jeu de chacun.Stoker - Matthew Goode, Nicole Kidman & Mia Wasikowska

Captivante, la performance de Mia Wasikowska est certainement l’aspect le plus mémorable du film. A la fois vulnérable et prédatrice, elle incarne avec justesse et talent un rôle d’adolescente fantasmatique. Son regard aigu, d’un érotisme subtil et parfois dérangeant sans jamais être vulgaire, canalise à lui seul tout le voyeurisme auquel Park Chan-Wook s’attache dans ce film. Ceux qui se souviennent d’elle comme de l’héroïne du récent remake d’Alice au Pays des Merveilles pourront s’amuser de la ressemblance de son personnage à l’Alice d’American Mc Gee, aux antipodes de celle de Burton.Stoker - Mia Wasikowska

Face à elle, l’oncle Charlie (Matthew Goode), calque son rôle à la manière d’un sociopathe, jouant sur une proximité ambivalente et magnétique. Si l’acteur se montre convaincant et prend bien la lumière, la multiplication à l’excès des gros plans sur ses grands yeux brillants nous fait pourtant parfois paraître sa performance quelque peu artificielle

Quant à Nicole Kidman, malgré une expérience réussie avec un précédent rôle semblable dans Les Autres, livre une prestation décevante. Fade et monotone, son personnage délaissé tant par son interprète que par son créateur ne sert que de faire-valoir aux deux autres.

Équilatéral

A l’image du triangle que forment les protagonistes de son récit, Park Chan-Wook filme souvent de manière géométrique, multipliant les jeux de perspectives et de miroirs. Hommage aux maîtres du suspense, la mise en scène porte une attention très particulière au regard, revisitant le voyeurisme avec élégance.
Si l’on s’émerveille devant l’esthétique et le savoir faire évident de son réalisateur, on est néanmoins un peu déçu par un rendu assez lisse manquant de panache et d’audace, ceux là même qui faisaient la force de ses précédents films.Stoker - Mia Wasikowska & Matthew Goode

Le tout dans le tout…

Avec un scénario se révélant finalement assez classique, jouant sur l’éternel triangle sexe-violence-enfance, Stoker reste trop sage pour être réellement captivant ; il s’en dégage une tension vibrante qui nous frôle mais ne nous gagne malheureusement que rarement.
Malgré ses nombreuses qualités et une excellente bande son (signée par le grand Clint Mansell), le film ne parvient pas à nous prendre aux tripes comme le fit par exemple Old Boy.

De Park Chan-Wook on pouvait espérer mieux, et en sortant de la salle on ne peut s’empêcher de s’interroger « tout ça pour ça ? » ; je check quand même, bien qu’en boudant un peu.

Article rédigé par
Censeur sentencieux

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